La mort de Bande à part, où de la difficulté de contaminer

Radio-Canada a annoncé hier qu’elle met mettait fin aux activités de sa branche musicale alternative, Bande à part. On sentait la chose venir depuis longtemps, mais voilà l’annonce officielle.

En 2011, FrancoPhil.ca vous apprenait que BAP effectuait des compressions – du Alain Gravel avant le temps. Déjà là, l’équipe était affaiblie de quatre employés dont deux animateurs. Récemment, le Voir avait révélé que l’émission ne serait plus en ondes cet été. Voilà que les carottes sont bel et bien cuites.

Compressions

Dans son communiqué, Radio-Canada (RC) annonce « l’intégration des contenus et activités relatifs à la musique émergente dans le site Espace.mu. », qui depuis quelque temps tente de percer en diffusant en exclusivité des albums pas encore parus, comme le Punkt de Pierre Lapointe. Concrètement veut dire « la fermeture du site bandeapart.fm et la fin des émissions produites par son équipe à la Première Chaîne et sur Espace musique le 24 juin prochain. »

Pourquoi? Radio-Canada invoque des raisons financières. D’abord les compressions budgétaires à Ottawa, qui touchent la première chaîne. Selon ce que m’a expliqué Marie-Philippe Bouchard, d.g. par intérim d’Espace Musique, le 95,1 FM a décidé de cibler les émissions qui étaient diffusées à des heures de faible écoute, soit après 21h. Déjà que BAP avait une case horaire un peu moche, voilà que cette case horaire l’aura doublement pénalisé.

Radio-Canada ajoute que la radio satellite Sirius XM a retiré ses billes, et qu’Espace Musique ne pouvait/voulait assumer seule BAP. Le portrait serait plus ou moins juste pour ce qui est de Sirius. En bref: il y a quelques mois, le CRTC a demandé à Sirius de diffuser une chaîne musicale anglophone de plus pour pouvoir garder sa licence. Et étant donné que les postes satellites sont en nombres fixes, il fallait en enlever un francophone à RC pour en mettre un anglo — et ce sans que Sirius diminue les montants donnés à RC. Ce serait donc Radio-Canada qui a choisi de retirer le poste Bande à part plutôt que deux autres postes musicaux francophones (chanson et country si je cherche bien).

Diffusion

C’est quand même la fin d’une époque, et la mort d’un symbole fort de la scène musicale québécoise. BAP organisait des concerts, couvrait les festivals, donnait une vitrine à des créateurs et des musiciens qui ne cadraient pas toujours (voire rarement) dans le son prudent des deux chaînes publiques. On y entendait des reportages éclatés (sacré Benoît Poirier!), des discussions sur des sujets importants du développement culturel, des analyses, des critiques de disques critiques (rare)…

Les musiciens sont en deuils, on le voit sur les réseaux sociaux et sur les blogues. Si on fait abstraction du fait que BAP payait les perfos musicales — n’essayez pas ça à FrancoPhil, hein — les plateformes de BAP leur offraient de la visibilité nationale, estampillée par le crédible logo rouge.

Contamination

Ce que je me pose comme question maintenant, c’est si ce qui reste de BAP sera capable de contaminer Espace.mu? Un constat assez froid des années passées montre que BAP n’avait contaminé la grande tour que par ses façons de faire, et pas beaucoup par son contenu musical alternatif, ou alors sa frange la plus pop. Souvent, Bande à part portait malheureusement très bien son nom. Bon oui, on entend du Avec pas d’casque, des Soeurs Boulay, du Lisa LeBlanc au 95,1. Oui oui, mais pourquoi à chaque fois je suis content de les entendre comme si c’était un cadeau, et nerveux comme si on pouvait me les retirer! (Je dis ça mais j’admets qu’on m’y invite de plus en plus pour parler de musiques en tout genre.)

Et la question, je me la pose aussi de mon côté. Est-ce que CIBL, CISM, CKUT, le Voir, mon petit Devoir, sont capable de « contaminer »? De convaincre ceux qui ne sont pas déjà prédisposés à se faire jaser de Gros Mené, de Dany Placard, de Voivod, de Koriass, de Loud Lary Ajust, de Psycho Riders, des Vulgaires Machins… Si BAP n’a pas pu réussir plus que ça à influencer leur propre boîte avec les moyens dont ils disposaient (pas nécessairement monétaires), qui le pourra?

Faudra-t-il se concentrer? Se rassembler? Se spécialiser? Abdiquer? Davantage travailler? Attendre le revirement de la pyramide démographique? Devenir patrons? Devenir patrons!

Peut-être que j’ai tort, que je suis pessimiste. Mais notre petite armée vient de perdre un gros soldat, et cela m’attriste drôlement.

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