À quoi bon des musiciens à la télé publique?

Fred Fortin à Studio 12 avec Galaxie

Il y a quelques semaines, Radio-Canada a signé l’arrêt de mort de son émission musicale Studio 12, animée par Rebecca Makonnen. Diffusée à une heure ingrate, on pouvait toutefois y entendre et y voir des artistes d’ici livrer leurs créations, et confronter leurs univers avec celui d’un invité. Ce n’était pas la fin du monde, ni le concept le plus audacieux de l’univers, mais la télé publique y jouait un rôle de diffusion essentiel. Des musiciens de métier, de carrière, y trouvaient un auditoire.

Voilà qu’hier, Radio-Canada annonçait la création de sa nouvelle émission « musicale ». Diffusion de concerts? Histoire de la musique avec des mélomanes d’ici? Docus sur la création? Eh bien non. On a annoncé l’émission Un air de famille, qui, dixit le communiqué, mettra chaque semaine en vedette  »trois familles qui présenteront à tour de rôle un numéro de chant. Elles devront surprendre à la fois leur coach et le public en studio, sans oublier d’offrir aux téléspectateurs du bonheur… et de l’émotion. »

On applique donc le culte de l’amateur aux émissions de musique. On imagine que Radio-Canada a essayé de faire compétition à On connaît la chanson à TVA, la fibre familiale en plus. Je ne crois pas que là soit son mandat, sa force. Ce n’est en tout cas pas du tout ce que personnellement j’attends d’une émission musicale dans la grande tour.

Je trouve ce choix abrutissant pour le public, insultant pour les musiciens. Au moins, Star Académie, que je n’affectionne pas particulièrement, met de l’avant de jeunes interprètes qui veulent en faire un métier. Au moins, Belle et Bum fait monter sur scène des professionnels de tous les styles et nous les fait découvrir ou redécouvrir. J’ai peine à croire que Belle et Bum, avec le budget de Télé-Québec, peut payer le cachet de musiciens de cette manière, et pas Radio-Canada, malgré les compressions.

«À Radio-Canada, nous disons souvent qu’on crée de la culture», a dit dans le communiqué officiel Louise Lantagne, directrice générale de la Télévision de Radio-Canada. «Un air de famille, c’est exactement cela: faire rayonner le patrimoine musical  à travers des talents méconnus qui se révéleront au grand public. Et tout cela, en misant sur le plaisir de s’amuser en famille.»

Dans le fond, c’est comme Un souper presque parfait. On voit des plats qu’on connaît, fait par des amateurs qui vont vouloir faire des sparages pour faire un bon show.

Moi j’aurais préféré entendre du Vallières par Vallières, du Philippe B par Philippe B, du Plaster par Plaster, du Jimmy Hunt par Jimmy Hunt, du Lisa LeBlanc par Lisa LeBlanc, du Malajube par Malajube, du Karkwa par Karkwa, du Tiken Jah Fakoly par Tiken Jah Fakoly, du Buck 65 par Buck 65, du Caracol par Caracol, du Feist par Feist, du Renaud par Renaud, du Bernard Adamus par Bernard Adamus…

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3 Commentaires

  1. Malheureusement, nous vivons dans une époque où la démographie change. Notre génération (je te mets dans les Y, reprends moi si c’est pas le cas), les X ainsi que la suivante devront vivre avec un vieillissement démographique, l’inversement de la pyramide des âges, l’avénement des Boomers à la retraite.

    Sans vouloir crier au désastre, on va devoir oublier une grande partie des formes publics de propagation des intérêts des jeunes générations. Malheureusement, la musique en fait partie. Fred Fortin? Les Boomers en ont rien à cirer, il « joue ben trop fort ».

    Ce que les Boomer veulent, c’est « Un air de famille », un endroit où la jeunesse en quête de perfection ne vient pas toucher l’orgueil d’une génération sur le déclin, un endroit où la nostalgie du passé vient savourer sa gloire.

    Voilà. Les Boomers ont toujours pris plus de place, c’est normal, c’est mathématique, ils sont plus nombreux. À l’époque de leur adoslescence, les émissions de musique Rock n’ Roll pleuvait à la télévision. Ils ont enduré MTV lorsqu’ils avaient de jeunes enfants, mais maintenant, c’est terminé, et les commanditaires, les publicistes et les programmeurs télé l’ont bien compris.

    Va falloir ronger son frein, et commencer sérieusement à se trouver des plateformes alternatives.
    Les artistes que tu as mentionné ne goûteront peut être plus ou presque pas au plaisir d’avoir une production bien lêché faite par Radio-Canada.

    De retour dans nos garages.

  2. Cette «création» ne fait que suivre la majorité des émissions à succès du moment. Votre comparaison avec Un souper presque parfait est éloquente. Pourquoi en serait-il autrement pour la culture ? Je suis ironique mais cela me sidère.
    Quand ce ne sont pas les «vedettes» que l’on met au premier plan, ce sont les «familles» qui viennent chanter comme au karaoké…
    Ne regardons plus la télé mais allons aux concerts !

  3. Dommage que cette émission soit retirée des ondes. Je suis un boomer, mais j’appréciais énormément cette formule musicale qui était très originale. Je l’écoutais à la télé, mais plus souvent à la radio dans ma voiture. Les artistes y avaient une liberté qui nous permettait de les entendre de façon différente. Je ne suis quand même pas étonnée de sa fin, car je suis presque certaine que beaucoup d’auditeurs ne savaient même pas qu’elle existait. On aurait pas pu faire pire pour l’heure de diffusion…

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