Avec pas d’casque: l’expansion de l’univers

Joël Vaudreuil, Stéphane Lafleur, Nicolas Moussette et Mathieu Charboneau. Crédit photo: Sarah Fortin.

«Peut-être qu’on ne change pas tant que ça dans la vie, mais on bouge un peu.» Au bout du fil, c’est le chanteur et parolier d’Avec pas d’casque, Stéphane Lafleur, qui lance cette quasi-maxime. Comme de fait, le quatrième et tout nouveau disque du groupe, Astronomie, nous plonge toujours dans un monde country-folk, mais cette fois sous une lumière plus riche et apaisante. Droit devant, mais un peu vers la gauche.

Bien connu des mélomanes avertis, Avec pas d’casque roule sa bosse depuis huit ans à son rythme, sans chercher les projecteurs et les éloges, carburant davantage au plaisir qu’aux ventes de disques et apparitions télé. On a pourtant vu la formation dans plusieurs festivals, dont aux FrancoFolies, en tête d’affiche ou en première partie de groupes comme Tricot Machine, Band de garage ou Malajube.

D’abord un duo composé de Stéphane Lafleur — le cinéaste derrière En terrains connus et Continental, un film sans fusil — et du batteur Joël Vaudreuil, Avec pas d’casque s’est adjoint sur leur précédent disque le multi-instrumentiste Nicolas Moussette. Comme tout «bouge un peu», voilà que la formation a poursuivi les embauches pour Astronomie. Le joueur de trompette baryton Mathieu Charbonneau a obtenu sa permanence dans le groupe après avoir fait l’enregistrement du disque avec ses nouveaux acolytes.

«Je pense que ça élargit notre spectre sonore, dit Stéphane Lafleur. On trempe dans les mêmes eaux, mais avec un petit peu plus de possibilités. Et si tu prends les chansons toutes nues, elles tiennent moins la route que d’autres plus country qu’on a faites par le passé et qu’on pouvait jouer sans problème en guitare-voix. Là, Mathieu a vraiment fait partie du processus et j’ai du mal à les refaire seul.»

Tranquillité et émotivité

Les neuf titres d’Astronomie nous plongent dans une bulle tranquille, un peu triste mais touchante, où l’on trouve moins de chansons de défoulement qu’à leur habitude, à l’exception peut-être de l’enlevante La journée qui s’en vient est flambant neuve. «On avait à peu près le double de chansons en banque, mais on a choisi celles qui ensemble formaient un tout homogène, explique Lafleur. Ce sont aussi des pièces qui nous amènent ailleurs. Il y a trois ans, on n’aurait jamais construit des structures comme celles d’Intuition #1 ou de Talent. C’est un pas à côté de ce qu’on faisait.»

Stéphane Lafleur, qui nous a habitués dans ses paroles à un mélange de sérieux et de drôle, continue à force d’images superposées, de mots puissants et de situations étranges à tenter de décrire des émotions nuancées. «Le spectre entre aimer et haïr est tellement large, y’a tellement de points de vue entre les deux. La chanson plus commerciale est très polarisée, c’est souvent « je t’aime, je t’aime et je vais t’aimer toujours ». C’est correct, mais à côté de ça, y’a « je t’aime, mais pas le mardi ».»

En même temps, Lafleur fait sur Astronomie un effort évident pour éviter l’autosabordage sentimental et assumer l’émotion qu’il veut transmettre sans finir par un gag. Comme sur Veiller le feu: «Nos mains pleines d’éclats de verre / De sang, de morsures de chien / Guériront dans la rivière / Voudras-tu de moi demain / Quand je veillerai le feu avec toi / Je veillerai le feu avec toi.»

«Le groupe est moins cabotin qu’au début. Je sens moins le besoin de faire sourire, avoue Lafleur, qui a également écrit pour Fanny Bloom et Tricot Machine. Et c’est beaucoup grâce aux gens qui sont venus nous voir en spectacle. C’est leur attention, leurs commentaires, leur réception de l’album précédent qui fait que je me donne le droit d’aller là. Ce qui veut pas dire de brandir des drapeaux ou de soulever des foules, mais de partager des émotions les plus sincères possible.»

Avec pas d’casque ira défendre ses nouvelles chansons un peu partout au Québec dans les prochaines semaines. Et toujours uniquement si le plaisir est au rendez-vous. «On ne va pas faire 200 shows juste pour le faire. Tout ça reste quand même à petite échelle, ça reste un petit escabeau de trois marches, mais c’est un bel escabeau, et il permet d’atteindre d’autres tablettes!»

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